Chroniques des haines ordinaires
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Surtout en cette pénible rentrée, où le moindre effort est une insulte aux vacances tout juste terminées.
Je vous fais d’ailleurs une brève confidence : je suis d’humeur maussade en ce mois de septembre. Après un long repos bien mérité sous un soleil singulier, mon retour en terres auvergnates s’est accompagné d’un constat lucide plutôt accablant : vous êtes moches. Il faut se rendre à l’évidence. Objectivement, physiquement parlant, la population clermontoise est la lie de l’humanité. Quand, comme moi, on a baguenaudé sur des plages paradisiaques peuplées de naïades ébouriffantes – c’est l’adjectif retenu pour rester poli -, et de playboys sculpturaux un brin vulgaires – c’est l’adjectif retenu pour ménager mon ego -, quand on a patienté des heures durant dans des aéroports internationaux d’où, continuellement, surgissent de nulle part des échantillons de toutes les beautés du monde, quel choc de se retrouver place de Jaude, et d’assister à ce défilé monstrueux de visages massifs ahuris, de tronches tordues de supporters asémistes, de faces laides et blanchâtres, de corps gras dégoulinants…
Bon, que les clermontois soient vilains, à la rigueur, je m’en acquitte. Mais, diable, où sont les belles femmes ? Où sont elles ? Même en rôdant à proximité des boutiques de lingerie, des salons de coiffure, ou des sirupeux bar-branchés pour bobos en mal de reconnaissance, je ne suis parvenu qu’à dénicher une demi-belle pimbêche à la fanaison très prochaine qui, dans une grande ville, ne ferait même pas se retourner les vieux messieurs libidineux. Pire, oui il y a pire que ce cruel sentiment d’isolement, simultanément ou presque, j’ai étémis dans le secret du futur contenu éditorial du Zap de cette rentrée. J’ai découvert que deux dossiers sport et beauté étaient envisagés. Dès lors, une évidence s’est dessinée dans mon esprit perpétuellement vif ; je suis la personnalité idéale pour répondre à la récurrente interview forme-beauté de ce brillant mensuel. En effet, je théorise beaucoup sur la beauté, et je suis un homme dans la force de l’âge. Devançant la demande de Zap, je me hâte de répondre à ce questionnaire pourtant très féminin, je bride ma haine légendaire en pensant à vous, lecteurs, qui avez bien besoin de mes conseils beauté et forme, je fais un gros effort de réflexion, je simplifie ma syntaxe afin d’être compris de tous, je me prive de deux bonnes heures de batifolage post-vacances, j’envoie le tout à la rédaction et…ON m’apprend qu’ON ne m’a rien demandé en ce sens, qu’ON a les personnes qu’il faut, et qu’ON aimerait plutôt que j’envoie ma chronique du mois à l’heure pour changer. Qu’auriez-vous fait à ma place (je sais, c’est assez difficile à imaginer d’être à ma place et ça file le vertige) ? Démissionner ? Laisser ma page bleue nuit à des scribouillards malhabiles qui bavent d’envie me succéder ? Demander une soudaine augmentation cependant parfaitement justifiée ? Effacer le fichier Word contenant cette interview ? Non. Rien de tout cela. Cette interview forme-beauté, je vous l’offre. Cadeau de rentrée. D’une part, j’apporte la preuve spectaculaire que je suis bien l’homme de la situation, et, d’autre part, je ne foule pas ma plume à rédiger une chronique entière. Enfin, chers lecteurs, en suivant à la lettre mes conseils, vous pourriez quelque peu atténuer votre laideur.
Interview beauté – forme
Quel est ton premier réflexe forme au réveil ?
Je me rendors immédiatement.
Quel est ton réflexe beauté au réveil ?
Je me précipite aux toilettes en me raclant la gorge. Là,
j’urine violemment histoire de dégonfler rapidement ma vessie et d’avoir, aumoins une fois dans la journée, un ventre parfaitement plat. En parallèle, je crache puis me mouche bruyamment dans une feuille de papier toilettes. Ensuite, sans même prendre le temps de tirer la chasse d’eau, je vais dans ma salle de bains, et face au miroir je me refais une fraîcheur : avec mes ongles, je gratte le jaune séché aux coins de mes yeux, je me perce un ou deux points noirs, et, enfin, avec ma salive, je me mouille un peu les cheveux pour leur enlever ce côté aérien matinal propre au sommeil des justes. Immédiatement, je deviens tout à fait présentable.
Quel est ton secret de forme au petit dej ?
Boire cinq cafés très serrés, trois Red-bulls, avaler deux pastilles de vitamine C, manger un choco, et surtout ne parler à personne avant une bonne heure.
Quel est ton réflexe forme au coucher ?
Bien manger et bien boire. Par exemple : une bonne entrecôte au bleu, des frites, du pain, du fromage, un bon dessert, le tout accompagné d’une bonne bouteille de vin. Puis, je file au lit. Je dors alors comme un bébé après son biberon. Et son rot. Ce dernier est définitivement fondamental pour une meilleure digestion.
Quel est ton conseil minceur ?
Je conseille le jeûne absolu pendant 60 jours. Sans rien
manger du tout, et en ne buvant qu’un verre d’eau par jour. Vous fondrez à vue d’oeil. Sinon, rien de telle qu’une grande et chaotique rupture amoureuse, bien humiliante, pour retrouver un corps svelte.
Combien d’heures de sport par jour ?
Quand on voit le visage et le physique des anciens sportifs de haut niveau – enfin, pour ceux qui ne décèdent pas avant 40 ans -, on en arrive à la froide conclusion suivante: le sport est dangereux pour la santé. Je conseille donc 10 minutes de footing. Une fois par an. Pas plus. Ne pas hésiter d’ailleurs à progresser doucement pour les débutants : 1 minute de footing la première année, 2 minutes, la seconde, etc.
Combien d’heures de sommeil pour être en forme ?
Pour être en bonne forme ? Réellement ? Disons 16 à 18 heures. Et comme tous les grands hommes, il ne faut jamais
négliger les petites siestes improvisées.
Comment fais-tu pour retrouver la forme après des excès ?
Je recommence vite à faire des excès. Ainsi, on noie les excès de la veille dans l’euphorie brûlante d’en faire d’autres. Par cet ingénieux système, on peut aisément maintenir un degré de forme tout à fait respectable.
Quel est ton vrai secret de forme ?
Je fais souvent pipi assis. Comme les femmes (ceci est un autre conseil forme : ne jamais hésiter à s’inspirer de la fainéantise chronique de ces dames). Ainsi, je repose un peu plus mes jambes que les autres hommes, et, subséquemment, je suis généralement en bien meilleure forme qu’eux.
Comment tu t’imagines à 60 ans ?
J’imagine un très bel homme, les cheveux poivre et sel, ayant l’assurance souriante des gens qui ont le sentiment d’avoir parfaitement réussi leur vie après des débuts pourtant chaotiques.
Raoul
(Zap n°85)
Et après ?
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