Chroniques des haines ordinaires, My Zap
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Enfin pas toujours. De temps en temps seulement… Très rarement en fait… Euh, non, pour être totalement transparent avec vous, je crois même que c’est la première fois. On est au mois de mai, le soleil se rapproche, les jeunes femmes se dénudent, les jours fériés tombent en fin de semaine, bref, je suis animé par un sentiment passager de légèreté.
Et puis, j’ai appris récemment que la sublime Elise Chassaing, chroniqueuse à l’émission télévisée « Le Grand Journal », était clermontoise, donc potentiellement dans mon troupeau de lecteurs, donc potentiellement dans mon cercle de fanatiques, donc potentiellement (je sais, je sais, le potentiel faiblit à vue d’oeil, mais enfin, vous n’allez pas commencer à vouloir gâter ma rarissime gaieté où je vous ponds des phrases sans fin à peine orné de chiches virgules, avant de vous semer brusquement sur un point d’exclamation tombé du ciel sans me soucier du sens de ladite phrase qui pourrait se prolonger encore et encore et encore jusqu’à troubler la sombre!… Semé! Impressionnant, non? C’est un métier, mal payé, certes, mais c’est un métier. Reprenons!), donc, potentiellement, disaisje, la sublime Elise Chassaing souhaite ardemment percé le mystère Raoul et me rencontrer de visu à une terrasse de café romantique (en dehors de Clermont par conséquent). Là, les yeux dans yeux, nous pourrions deviser cinéma, littérature, Canal Plus, puis, lentement, le vin aidant, nous commencerions à nous parler plus intimement, je lui raconterais mes amours, elle, les siens, je témoignerais de ma célébrité établie, elle, de la sienne, naissante, je lui dédicacerais une chronique sur un coin de nappe en arrondissant bien les lettres de son joli prénom, j’improviserais un acrostiche, elle me fixerait, séduite et troublée, vous pensez, la malheureuse, alors je prendrais sa main délicate dans la mienne, puis, lentement, en approchant ma bouche de son oreille sous son regard interdit, je lui… je lui demanderais le numéro de téléphone de la miss météo participant à la même émission de télé sirupeuse! Ah, Elise, il me tarde de vous rencontrer mon petit.
En ces temps de quiétude, je suis doux comme un agneau ignorant qu’il finira bientôt en kebab. J’aurais presque envie de dire: j’aime ! Oui, voilà, j’aime ! Le mot est lâché. Je l’ai dit. J’aime! Bon, bon, je le sais bien, en temps normal, ce verbe est suivi d’un complément d’objet direct, mais c’est un début, je dois avancer étape par étape, un peu comme le club rugby de l’ASM qui après une cinquantaine de finales lamentablement perdues arrivera sans doute à trouver la force mentale pour gagner au moins une petite fois.
J’aime. Soit. Mais quoi ? Certainement pas la modeste concurrence de la presse locale, à commencer par ces espèces de magazines essuie-tout gratuits – très pratiques, il est vrai, pour gratter un chewing-gum collé sous une de ses chaussures ou les fientes séchées d’un pigeon indisposé – qui se multiplient et disparaissent très vite dans l’indifférence générale (quand d’autres – surtout un – ne disparaissent pas alors qu’ils le mériteraient en raison de leur indigence éditoriale et de leur vulgarité grassement étalée… je vous laisse deviner à qui je fais allusion… c’est facile…). Moi, j’aurais besoin d’émulation, d’avoir un adversaire à la hauteur, mais le panorama est vide.
Creux. Mou. Je ne vais quand même pas, à la manière de Jules César, créer de toute pièce un ennemi de valeur en pigeant pour une autre publication sous le pseudonyme de Georges. Enfin, je choisirais peut-être un jour cette solution extrême.
Tiens, encore un paragraphe haineux. La vilaine habitude. Pourtant, j’aime! Oui, laissez-moi vous trouver un sujet à aimer, et vous allez voir combien lourds et bruyants peuvent être les battements mon coeur, je pourrais même rédiger en alexandrins une ode à… à qui? Hein? Certainement pas aux petits couples d’amoureux qui se bécotent sans gêne dans la rue, à la vue de tous, et de moi en particulier. Quel spectacle odieux, surtout lorsqu’on se couche seul, chaque soir, le plus tard possible, afin que la fatigue accumulée fasse barrage à toute forme de réflexion sur ce pesant manque de tendresse nocturne. À croire que certains couples s’exhibent sciemment dans le genre: « Oh, t’as vu ce garçon qui marche seul, comme il a l’air triste ! Allez, ma chérie, embrasse-moi fougueusement, nous allons le frustrer un peu plus ! Mets bien tes mains sur mes fesses aussi, et frotte-toi contre moi! ». Après avoir regardé fixement la scène jusqu’à écoeurement – on peut parfois voir une langue gluante et violette s’échapper de ce baiser public -, je poursuis mon chemin en ricanant. Parfaitement, en ricanant. Le temps détruit absolument tout et aura rapidement raison de leurs frêles utopies amoureuses. Le mensonge et les trahisons devraient aussi faire leur oeuvre. Bécotez-vous, bécotez-vous, heureux inconscients, bientôt, il ne restera de vos baisers qu’un tenace goût amer.
Je retombe dans le sombre, il me semble. Pourtant, j’aime ! Vous savez bien! Mais force est de constater l’effroyable difficulté pour trouver quelque chose, ou quelqu’un, à aimer. Quoi aimer, à la fin? Qui aimer? L’incapacité de mes contemporains à être honnête? Leur pathétique prétention? Leur détestable égo complètement infondé? Leur avarice? Leur amitié strictement intéressée ? L’impossibilité d’accorder sa confiance ? Les livres de Christine Angot? Le dopage généralisé dans tous les sports? Martine Aubry? L’injustice sociale? La grippe mexicaine? Les serveuses aux bras poilus? Les produits bio infects? François Bayrou? La hausse du chômage? La loi Hadopi empêchant l’accès libre à la culture? Quoi aimer, vous dis-je? Qui aimer!?!… oui, qui aimer…
Apouh, apouh, apouh… quelle erreur d’avoir essayé de formuler ma passagère bonne humeur printanière… son absence de fondement me mine. Mon enthousiasme est erroné.
Comme le vôtre d’ailleurs. Il faut savoir affronter la réalité en face. La vérité sur la vie, c’est le désespoir (merci Vigny !).
Et après ?
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